Provocations policières

Publié le par Libérons Ségolène

En réaction à l'un de nos précédents articles, "Résistance", un lecteur nous demandait de ne pas exagérer, de ne pas mélanger... Mais je réitère, nous devons nous préparer à résister. Pourquoi ? Parce que le genre de situation décrite ci dessous risquent malheureusement de se multiplier, qu'elles sont tout bonnement inacceptables !


Un peu avant 22 heures, dimanche 6 mai, dans la cité des "3000" à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), la police intervient sans ménagement. Alors que la situation est parfaitement calme, une douzaine de policiers, casqués, se précipitent sur un groupe d'habitants et plaquent au sol, violemment, deux jeunes gens. Dans une grande confusion, les forces de l'ordre donnent des coups de matraque, touchant plusieurs personnes. A plusieurs reprises, ils font usage de leurs flash-balls - des armes qui projettent des balles en caoutchouc pouvant assommer un adulte - en direction des habitants.

L'attitude de la police provoque une réaction immédiate de la trentaine de jeunes qui se mettent à jeter des pierres et des bouteilles sur les forces de l'ordre. Des CRS arrivent rapidement en renfort et dispersent la foule. Ils repoussent durement les adultes, dont des animateurs, qui tentent d'apaiser les esprits. Le conseiller général PS du secteur, Gérard Ségura, qui avait fait le tour de la cité pour alerter les jeunes sur les risques de "provocations" des forces de l'ordre, voit un policier pointer son flash-ball à "20 cm" de son menton. La scène a été racontée dans Le Monde du 8 mai.

Au moment où ils interviennent dans la cité dite Rose-des-Vents, les policiers ne savent pas qu'un journaliste du Monde et un photographe, Freddy Muller, sont sur place depuis la fin de l'après-midi. Notre reportage visait alors deux objectifs : recueillir les réactions des habitants après la victoire de Nicolas Sarkozy et raconter, le cas échéant, d'éventuelles violences urbaines. Les "3000" n'avaient pas été choisis par hasard : au premier tour, Ségolène Royal a obtenu 66 % des suffrages dans le bureau de vote central, signe d'un fort rejet de Nicolas Sarkozy ; et des rumeurs d'"émeutes" avaient circulé dans ce quartier, réputé parmi les plus durs d'Ile-de-France.

Mais Aulnay présentait un autre intérêt : le fait de bien connaître la cité et ses habitants permettait de faire venir un photographe en toute sécurité - démarche de plus en plus délicate dans les quartiers sensibles - et de pouvoir rester sur place pendant la nuit. Ce reportage s'inscrit en effet dans un investissement de long terme dans ce quartier "ghetto" de 18 000 habitants. Depuis novembre 2005, c'est la 20e fois que nous venons rencontrer les habitants.

La confiance établie avec eux rendait possible le fait d'être témoin direct du cycle de violences et de vengeances entre jeunes et policiers qui perturbent régulièrement la vie de cette cité. Ainsi, le soir du 6 mai, c'est la police qui paraît brutale, illustrant les nombreux témoignages de "bavures" recueillis depuis dix-huit mois dans le quartier. Les jeunes, comme les adultes, dénoncent notamment les contrôles d'identité à répétition et les interpellations rugueuses. D'autres font état d'insultes régulières, en particulier de la part des CRS.

Quelques mois plus tôt, c'était la police qui était victime de violences "gratuites" : pendant les émeutes de 2005, l'antenne de police du quartier avait été incendiée ; le 19 octobre 2006, un équipage était violemment agressé ; une semaine plus tard, un groupe de mineurs brûlait des voitures. Une illustration, sur le long terme, de la "double radicalisation" dont parlent les sociologues à propos des rapports entre jeunes et policiers dans les quartiers.

Source : Luc Bronner pour Le Monde

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Isabelle 14/05/2007 14:10

Certes l'état policier n'existe pas, et la faute est à rejeter sur tout le monde, et pour le coup on peut remonter très loin dan sle temps (constructions aberrantes, ghettoisation des populations immigrées...etc).C'est vrai que la gauche est à côté de la plaque sur ces questions, mais elles restent tabous dans le discours, il n'y a qu'à voir les réactions suscitées dés que Ségolène a pu tenter de les aborder...C'est pour cela que la gauche nouvelle et moderne qui doit venir, et je dis bien qui DOIT, doit sortir un peu des discours lyriques pour s'ancrer dans la réalité des gens...Y compris nous, les "ségolénistes", car visiblement nous n'avons pas été entendu.

armor 14/05/2007 13:49

ll y a en effet urgence à travailler aux problèmes des banlieues abanonnées et ce sans caricature aucune: l'article du "monde" décrit simplement un état de fait qui ne date pas d'aujourd'hui hélas.Nul n'a intérêt à "fantasmer" sur un état policier qui n'existe pas. Pour autant la formation, le recrutement et les nominations sur les secteurs diffciles des policiers sont de vrais problèmes. Celui des bandes organisées aussi....Comment les démanteler et comment faire en sorte que les plus jeunes en soient éloignés? Pour l'instant sur ces questions la gauche est un peu, voire beaucoup, à côté de la réalité. Les bons sentiments ne suffisent pas( cf.les résultats aux présidentielles)