Allez Bernard, épate moi, écoute le roi des échecs...

Publié le par Isabelle

Invité au Parlement de Strasbourg, l'ancien champion du monde d'échecs et coordinateur de l'Autre Russie dénonce les entraves à l'action de l'opposition

C'est un programme de ministre que les services du Parlement européen avaient prévu, mercredi 23 mai, pour Garry Kasparov. L'ancien champion du monde d'échecs devenu le coordinateur du plus actif mouvement d'opposition à Vladimir Poutine, l'Autre Russie, invité à Strasbourg en marge de la session plénière, a fait le tour des groupes politiques, donné une conférence de presse aux côtés du président du Parlement, Hans-Gert Pöttering, et accordé un certain nombre d'entretiens.

Chaque fois que M. Kasparov a rencontré des élus, il leur a délivré le même message : "Continuez de faire ce que vous avez fait à Samara, c'est cette nouvelle attitude qui aide l'opposition en Russie !" Lors du sommet Union européenne-Russie organisé près de Samara, sur les bords de la Volga, le 18 mai, la chancelière allemande, Angela Merkel, présidente en exercice de l'UE, a déploré que des opposants au régime, notamment M. Kasparov, aient été bloqués à Moscou, alors qu'ils voulaient participer à une "marche du désaccord".

"Il ne faut plus que l'Europe accrédite l'idée que la Russie est une démocratie", a déclaré au Monde M. Kasparov. Il s'est dit "soulagé du départ de MM. Chirac, Schröder et Berlusconi", les dirigeants français, allemand et italien, qui se présentaient comme les amis de Vladimir Poutine. "Lorsque le peuple voyait Poutine entouré de ces leaders à la télévision, comme cela a été le cas au G7, il ne comprenait pas nos critiques !", a-t-il expliqué. M. Kasparov s'est réjoui de ce que "le régime doive admettre qu'il ne bénéficiera plus de la même immunité que par le passé".

Le président du Parlement européen, Hans-Gert Pöttering, a indiqué avoir pris la décision d'inviter M. Kasparov le 15 avril. L'un des membres de son cabinet se trouvait alors à Moscou " pour essayer de régler le problème des archives d'Andreï Sakharov ", menacées de destruction faute d'argent, lorsqu'il a assisté à la violente répression des manifestations, organisées par l'Autre Russie, au cours desquelles M. Kasparov a été arrêté " pendant onze heures ".

En dépit de sa notoriété, M. Kasparov se dit " menacé " par le régime. Il dispose de gardes du corps, ne prend pas d'avions de la compagnie russe Aeroflot pour les longues distances. Et s'il n'a pas d'autres choix, pour les voyages courts, que d'utiliser Aeroflot " il ne boit pas et ne mange pas " à bord pour limiter les risques d'un empoisonnement, " comme cela a été le cas pour Alexandre Litvinenko ", l'ex-agent russe assassiné en novembre 2006 à Londres. Il regrette de " ne pas pouvoir expliquer (ses) idées à la télévision russe ", où " les opposants sont seulement présentés comme ceux qui veulent ébranler la stabilité du pays ". " Deux semaines de réponses à la télévision, et ce régime serait fini ! ", assure-t-il.

M. Kasparov ne sera pas candidat à l'élection présidentielle de mars 2008. " En tant que coordinateur de la coalition, je suis le seul qui parle à tous les différents groupes, de droite ou de gauche, et promouvoir ma candidature mettrait en péril ce rassemblement fragile ", explique-t-il. Au cours de l'entretien, l'ancien champion du monde d'échecs se met en colère lorsqu'on lui demande si son origine azerbaïdjanaise pose problème. " Je suis né en Union soviétique ! Je me considère comme russe d'origine, je suis dans la situation des Français nés en Algérie avant l'indépendance ! Et, pour la plupart des Russes, je suis un champion soviétique ! Même les nationalistes les plus durs me considèrent comme l'orgueil intellectuel du pays ! Poser cette question à Garry Kasparov ne mène nulle part ! ", répond-il, parlant de lui-même à la troisième personne.

Qui sera donc le candidat de l'Autre Russie ? M. Kasparov rappelle que " deux personnes ont exprimé ce souhait, Mikhaïl Kassianov, l'ancien premier ministre de Vladimir Poutine, et Viktor Guerachtchenko, l'ancien gouverneur de la Banque centrale russe ", qui a sa préférence, car " il apporterait beaucoup de voix de la gauche et des groupes nationaux ". Mais, insiste-t-il, " l'important, c'est d'être d'accord sur un programme ". Il faut " limiter les pouvoirs présidentiels, donner au Parlement le droit de nommer le gouvernement, accorder plus de pouvoir financier et politique aux régions ", soit, en résumé, " construire un système immunisé contre le virus de la dictature ". Il assure que " l'un des problèmes à régler en priorité sera celui du fossé entre les riches et les pauvres, car les proportions actuelles sont inacceptables dans un Etat civilisé ".

Interrogé pendant sa conférence de presse sur la faible audience de l'Autre Russie, M. Kasparov a répondu que " cinq mille personnes dans les rues de Moscou, c'est plus important que 100 000 dans les rues de Paris car, chez nous, manifester est risqué ", la police ayant des instructions pour être " cruelle ".

Source : Le Monde par Rafaële Rivais

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