La présidence renforcée de Nicolas Sarkozy

Publié le par LIBERONS SEGOLENE

LA SCÈNE a surpris tout le monde. Lors d’une réunion interministérielle à Matignon sur le régime fiscal des heures supplémentaires, la semaine dernière, les conseillers techniques de Bercy, des ministères du Travail, des Comptes publics et de Matignon ont vu arriver le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy, Emmanuelle Mignon. Cette dernière a doctement expliqué comment la mesure phare de Nicolas Sarkozy devait être mise en œuvre. «Tout un symbole», s’inquiète un participant. D’autant plus que, par tradition, le directeur de cabinet de l’Élysée, contrairement au secrétaire général, n’a pas un rôle éminemment politique. «Avant, le conseiller du président laissait tout le monde pédaler dans la semoule, et on attendait fébrilement l’arbitrage de l’Élysée», se justifie-t-on au cabinet de Sarkozy.

L’Élysée à Matignon? Pour les habitués de la machine gouvernementale, c’est effectivement tout un symbole. Sous Jacques Chirac, les conseillers de l’Élysée avaient pour habitude d’intervenir dans des «réunions de haut niveau», rassemblant un ou plusieurs ministres. Il arrivait également que les conseillers ou le secrétaire général reçoivent les ministres, et que le président de la République fasse des «Conseils restreints» à l’Élysée. Ce fut le cas notamment pendant la crise des banlieues. C’était aussi l’usage, à échéances régulières, sur les questions européennes et internationales.

Mais les nouveaux hôtes du «Château» se vantent de sortir cette «belle endormie» de sa torpeur : «c’était une maison dans laquelle le travail s’arrêtait à midi et recommençait à 16 heures», cingle un conseiller élyséen. Entre la fin de règne Chirac et la nouvelle ère Sarkozy, les cadences se veulent plus fortes. Les «galériens» sont aussi beaucoup plus nombreux, et nettement plus vigilants.

«Pas de flicage»

Sous la tutelle du secrétaire général adjoint, François Perol, on compte pas moins de huit conseillers techniques au sein du pôle économique, dont plusieurs inspecteurs des finances. Chargé du pôle social, Raymond Soubie a formé une équipe de cinq experts. Chirac, lui, avait quatre personnes pour s’occuper du tout. De là à imaginer que ces équipes sont censées serrer de près Jean-Louis Borloo, Xavier Bertrand ou Éric Woerth, il n’y a qu’un pas que franchit un haut gradé de l’Élysée : «C’est d’ici que la réforme est pilotée », résume-t-il.

Ils sont six au tout nouveau Conseil national de sécurité, dirigé par Jean-David Levitte. L’ex-ambassadeur de France à Washington supervisera en même temps les sujets Défense et Affaires étrangères, portefeuilles d’Hervé Morin et de Bernard Kouchner. Quant au Conseil de sécurité intérieure, qui existe depuis 2002 et était animé par Philippe Massoni, c’est désormais Claude Guéant lui-même – le secrétaire général de l’Élysée – qui en est le patron, ce qui pourrait limiter l’autonomie du ministre de l’Intérieur, Michèle Alliot-Marie.

«C’est une autre lecture des institutions», remarque un ancien ministre, qui reste sceptique. «C’est la fin d’une hypocrisie», juge plutôt François Fillon, qui a défini sa place comme «celle d’un animateur de la majorité et du projet politique du gouvernement». «Nous ne sommes plus dans une recherche permanente d’équilibre et de ménagement des susceptibilités», ajoute un conseiller de François Fillon.

«On ne nous laisse pas la bride sur le cou, mais il n’y a pas de flicage», affirme un ministre, qui pour le moment s’entretient «autant», avec les services de l’Élysée que de Matignon.

En réalité, le «match» entre Matignon et l’Élysée n’a pas encore vraiment commencé. Mais, au quotidien, ce nouveau partage des pouvoirs posera la question du rôle du secrétaire général du gouvernement, le SGG, qui a la main sur le travail législatif préparatoire pour toutes les lois et sur l’organisation administrative du gouvernement. Au SGG, une armada de juristes et de conseillers d’État travaille en amont des projets de lois, étudiant leur faisabilité et leurs limites éventuelles. C’est Matignon, en principe, qui maîtrise l’ordre du jour de ces projets de loi, convoque les réunions interministérielles, puis les réunions d’arbitrage. Une fois les décisions prises, c’est aussi Matignon, et son SGG, qui produit le fameux «bleu», un document résumant la décision finale. «On a rarement vu de ministres passer outre ces bleus», explique un habitué du sérail gouvernemental. «Il va y avoir un an de rodage», admet un conseiller de Nicolas Sarkozy, « ensuite, on verra si l’Élysée s’impose comme la maison qui gouverne, et il faudra en tirer les conséquences» .

Source : Le Figaro par Claire Bommelaer et Charles Jaigu

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